• Ne nous voilons pas la face sur l'ethnie.

    Pourquoi certains congolais ont-ils peur de la réalité ethnique? Pourquoi ces discours angéliques qui tendent à inhiber la vérité alors qu’il suffit de regarder la société congolaise, d'écouter les uns et les autres discourir dans leur quotidien sur les Bacongos ou les Mbochis pour déceler des semences et des graines de tribalisme ?

    Ne nous voilons pas la face sur l'ethnie.Pourquoi certains congolais ont-ils peur de la réalité ethnique? Pourquoi ces discours angéliques qui tendent à inhiber la vérité alors qu’il suffit de regarder la société congolaise, d'écouter les uns et les autres discourir dans leur quotidien sur les Bakongos ou les Mbochis pour déceler des semences et des graines de tribalisme ?

    Pourquoi nier que l’élection de 1992, bien que démocratique fut d’abord un vote à dominante tribale ou tous les leaders furent de leurs ethnies ou de leur région des fiefs électoraux et des bases arrières pour la conquête du pouvoir ?

    Pourquoi nier que le tribalisme est un cancer qui ronge le Congo depuis sa genèse Républicaine ?

    Au Congo- Brazzaville, le tribalisme est présent dans toutes les couches sociales de la société. Sans ethnie, un homme politique congolais n’existe pas. Les idées, les projets, les programmes, les convictions ont peu d’importance. Pour les politiques congolais Tout commence par l’ethnie et se termine par l’ethnie (1) Les premiers adhérents des partis politiques sont les membres de sa famille et de son ethnie.

    Le tribalisme est donc une réalité irréfutable qui trouve ses racines selon Apollinaire Ngolongolo (2) dans le sanglant événement de 1959. L’auteur affirme La tragédie de 1959 a produit des haines et à diviser le pays en factions ethniques hostiles, devenant ainsi le laboratoire de tous les conflits ethniques que le Congo a connu ces dix dernières années.

     

    Ecoutons l’économiste congolais Ekondi Akala pour qui : Le Congo souffre de graves séquelles tribalo sociales (2). Entendons le cri strident de Moudileno Massengo (3) qui affirme : Oui de plus en plus, les cœurs, les yeux se ferment et les horizons se rétrécissent dans les esprits et l’âme des citoyens. De plus en plus, le Nord devient pour les gens du Sud l’abominable, le lointain Nord. De même, le Sud pour certains calculateurs du Nord. N’est-ce pas pour un pays la marche vers la pire ? Le démembrement ? »

    Alors ! A ceux qui font de « l’angélisme » ou de l’évangélisme « refoulatoire » en niant les faits, pour mieux se voiler la face, il suffit de vous remémorer, la souffrance, l’épouvante des enfants, des bébés massacrés, à Bakongo, Dolisie ou dans les quartiers Nord de Brazzaville au nom du tribalisme que vous niez par tactique politicienne ou pour des intérêts inavouables.

    Oui je l’affirme ! Le Congo est confronté aux problèmes de rivalités ethniques et inter-tribales. Personne ne peut le nier. Oui ! Dans les conditions actuelles du vote ethnique, aucun nordiste fut-il d’une qualité exceptionnelle ne peut gagner une élection au suffrage universel direct au Congo car le sud dispose de l’avantage démographique.

    Certains 'angélistes' affirment qu’il y a des dissensions également dans la faction Nord ou Mbochi. Je leur répondrai qu’il y avait également des discordes dans la faction Hutu du Rwanda (Hutu Modéré) sans que l’on puisse dénier au Régime d’Habyarimana le qualificatif de régime tribal.

    Ce n’est pas parce que certains ressortissants du Nord du Congo rejettent Sassou que l’on peut réfuter au régime Sassou son qualificatif de régime clanique et tribal. De même, ce n’est pas parce que certains cadres du Sud sont avec Sassou que le régime de ce dernier n’est pas à dominante Nordiste. Idem pour le régime de Pascal Lissouba. Ce n’est pas parce qu’il y avait des ressortissants du Nord auprès de lui que son régime n’était pas à dominante Nibolek.

     

     

    Oui ! Je le dis avec gravité, la diversité ethnique est un frein pour la démocratie et le développement économique. Toutes les études en cours au sein des institutions internationales démontrent le lien entre diversité ethnique et faible service public, entre diversité ethnique et faible croissance économique, et entre diversité ethnique et forte corruption. La comparaison entre le quartile des pays où la diversité ethnique est la moins forte et le quartile des pays où la diversité ethnique est la plus forte fait ressortir une différence de deux points de croissance au bénéfice des premiers (4).

    D’ailleurs William Easterly, démontre que la corrélation entre diversité ethnique et services publics moindres n’est pas seulement un problème pour les pays pauvres. Elle se manifeste également aux USA ou on considère l’appartenance ethnique qui distinguent les Blancs, les Noirs, les Asiatiques, les Américano d’origine indienne et les hispaniques.

    Il constate que les comtés américains les moins homogènes sur le plan ethnique sont ceux qui dépensent une part moindre de leurs budgets à des services publics fondamentaux comme les infrastructures routières ou l’éducation. Dans les comtés américains, une plus grande diversité ethnique est associée à des dépenses d’aide sociale plus faible. Autrement dit si les Américains d’origine africaine n’ont pas pu sortir de la pauvreté, cet échec tient à l’existence d’antagonisme ethnique.

    Au lieu de vociférer sans maîtriser le sujet, certains devraient au contraire s’engager dans l’étude de l’impact du tribalisme dans le sous-développement économique de l’Afrique en général et du Congo en particulier. Les études sur ce sujet pullulent sur la place publique. Peut-être comprendront-ils pourquoi le Congo et l’Afrique traînent à décoller dans ce monde « mondialitaire ».

    Cependant et heureusement, il y a des pays qui malgré leur diversité ethnique sont sur la bonne voie. C’est le cas du Ghana. Cela n’a été possible que par la mise en place d’institutions saines et d’une fonction publique méritocratique et non ethnique. D’ailleurs les études internationales montrent que lorsque les pays morcelés sur le plan ethnique instaurent des institutions saines, ils tendent à échapper à la violence et la pauvreté.

    C’est pourquoi, je préconise que les républicains congolais demandent à Sassou Nguesso et son clan une grande conférence sur les institutions et les services publics dans une perspective d’avenir où sera discuter la question ethnique et la question démocratique dans un contexte de faction tribal et donc, non idéologique.

    Il est de mon point de vue pratiquement impossible dans les conditions de rapport de force actuel que le régime de Brazzaville cède sur la commission électorale indépendante. Le soutien de Paris à ce régime est tel, que je peux déjà imaginer le communiqué du quai d’Orsay au lendemain des élections législatives « Les élections au Congo-Brazzaville se sont déroulées en toute transparence. La France se félicite de la consolidation du processus démocratique au Congo-Brazzaville. Fin de citation »

    Napoléon Ier disait en 1885 « Les hommes sont impuissants à préparer l’avenir, seules les institutions sont capables de déterminer le destin des nations »

    Si on ne change pas les institutions actuelles et le fonctionnement des services publics, le Congo ne pourra se prémunir contre l’arrivée au pouvoir d’un dictateur élu qui remplacera, les Itoua, Ngokana et les autres par ses enfants et amis parce que les institutions qu’il aura trouvées le lui permettront.

    Aux vrais républicains et aux vrais patriotes congolais, je demande de ne pas participer à ces élections truquées et perdues d’avance, et de ne pas lorgner sur les trois millions de Franc CFA de salaires que leur procurerait une place au parlement croupion de Brazzaville.  Je leur dis que le plus beau cadeau qu’il puisse laisser au peuple congolais, c’est la réforme des institutions et du service public.

    C’est cette réforme qui pansera et guérira la plaie hideuse du tribalisme ouverte depuis le conflit  inter-tribal de 1959.

     

    Kovalin Tchibinda

     

    (1)      Conflit intertribal ou, manipulation coloniale? Apollinaire Ngolongolo Collection Sambela

    (2)      Ekondi Akala Le Congo-Brazzaville, essai d’analyse et d’explication sociologique selon la méthode pluraliste. Editions Peter Lang. Suisse 1983 pages : 350, 353

    (3)       Moudileno Massengo République Populaire du Congo, une escroquerie idéologique. Ou au cœur du long drame. Livre 1 « les faits » Diffusion Editions Maisonneuve la Rose. Paris 1975 ;

          (4)     William Easterly « Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester » Edition d’organisation Page 334