• Mon dernier cauchemar.

    Mon dernier cauchemar.L’autre nuit pendant que je dormais, j’ai fait le plus mauvais des cauchemars qui ne me soient jamais arrivé. Tous les pays du monde s’étaient retrouvés à New-York au siège des nations unies pour discuter de l'avenir du monde. Au cours de cette session extraordinaire des nations unies, une grande décision fut prise. Les grandes puissances de la planète avaient décidé de transvaser une partie de l’humanité. Tous les Européens devaient aller en Afrique et les Africains devaient traverser la méditerranée pour occuper l'Europe. Dans le tirage au sort qui fut réalisé, les ressortissants du Congo-Brazzaville devaient être transvasés en France tandis que les Français devaient être conduits au Congo.

    A la suite de cette décision, les Français se mirent à pleurer ; Les Congolais étaient dans l’allégresse. Vous imaginez-vous ?  La tour Eiffel, l'Arc de triomphe, l'Elysée c’est pour nous ! S'exclamaient-ils comme le Ninja qui débitait dans un reportage pendant la guerre de 1997 sur TF1 : « L'Aéroport c’est pour nous ! ».  Cette fois ci, ce n'était plus l'aéroport mais toute la France.

    Le président congolais était aux anges. Il hurlait Le Congo, c’est fini, je vous le dis c’est fini, c’est fini ! Il devenait de ce fait le chef de la cinquième puissance mondiale tandis que Nicolas Sarkozy se lamentait en tenant sa tête Eh! Mamé eh, on m’a donné le Congo. Cent quarante quatrième pays dans le monde ; Pays pauvre très endetté.

    Les Congolais ont donc traversé la méditerranée et se sont installés dans les principales villes et villages français. Les gens étaient heureux. Les riches congolais proches du pouvoir se sont installés dans le seizième arrondissement de Paris et à Neuilly où d'ailleurs ils avaient déjà leurs appartements et hôtels particuliers ; D'autres ont préféré aller sur la côte d'azur. Ça leur rappelait Pointe-Noire.

    Les populations ont pris d'assaut les appartements et les maisons de Paris et de sa proche banlieue. Jamais je n'avais ressenti une telle joie. Enfin mon peuple allait sortir de la misère et de la pauvreté. Je me suis posé la question : Dois-je suivre les Français qui partent pour le Congo ou resté avec mes frères qui viennent de prendre possession de la France.

    Mon choix fut difficile. J'étais tiraillé entre mes amis tricolores et mes compatriotes congolais.  Mais il fallait trancher. J’ai donc choisi de rester avec les miens dans ce pays qui devenait le nôtre. Sassou Nguesso s'installa à l'Elysée. Nicolas Sarkozy s'installa à Mpila et à Oyoville.

    Quelques temps plus tard, j’ai vu la couleur de la France changée. On dirait qu’elle devenait grisâtre ou peut-être noirâtre. Je ne reconnaissais plus la France. Il y'avait des immondices sur la plus belle avenue du monde. Les magasins des champs Elysées étaient occupés par des cobras qui en avaient fait des lieux de torture. Les routes n'étaient plus entretenues. On trouvait des trous géants sur tout le réseau routier.

    L’autoroute A5 et A86 étaient plein d'herbes et d'excavations. On ne pouvait plus rouler qu'à 40 kilomètres heure. En allant voir mon cousin à Strasbourg par l’Autoroute A4, j'ai constaté qu’il n’y avait plus de péage. Ils avaient été remplacés par des coupeurs de routes qui rançonnaient les automobilistes.

    Je suis même tombé sur des miliciens proches du pasteur Ntoumi qui faisaient de la résistance au régime de Sassou avec des armes de destruction massive. Sassou Nguesso menaçait d’user de l’arme nucléaire pour exterminer les rebelles. Au sud-ouest de la France, c’était le Général Muleri qui voulait lancer une offensive sur Paris.

     

    Je suis allé visiter les hôpitaux de Necker et de la Pitié Salpetrière à Paris. J’ai vu des malades qui gisaient à même le sol. Les ascenseurs ne marchaient plus. A la place, des monte-charges humains transportaient les malades pleins de baves et saignants sur le dos moyennant trois euros. C’était pathétique !

    Les anciens congolais installés en France vivaient désormais dans la peur. Au Congo, notre ancien pays déserté avec plaisir, Nicolas Sarkozy en sept ans avait construit des routes, des ponts, des hôpitaux. Le Congo était devenu riche tandis que la France livrée clé en main à Sassou Nguesso dépérissait. En quelques années, de 144e dans le monde, le Congo était devenu la cinquième puissance économique de la planète pendant que la France était en queue de peloton.

    Je décidais alors de retourner à Brazzaville rejoindre les anciens Français. Comme moi il y avait des millions d’individus prêts à repartir au Congo. L’immigration recommença en sens inverse. On quittait la France pour rejoindre notre ancien pays. Certains se noyaient dans la méditerranée. Les Africains avaient construit un grillage pour empêcher les Européens que nous étions d’arriver sur leur terre bénie. Une réglementation drastique sur les visas fut instaurée pour freiner l’immigration européenne. Le président du Congo, Nicolas Sarkozy prônait l’immigration choisie et non subie.

    C’était stupéfiant! Le Congo était devenu le pays du respect des droits de Lhomme, de la démocratie et du développement. Il siégeait même au G8 et se battait pour la réduction de la dette des pays européens en général et pour l’éligibilité de la France de Sassou à l’initiative PPTE.

    L’avenue de la Paix à Brazzaville était devenue le calque des champs Elysées. Il y avait le métro, le tramway dans toutes les villes du Congo. Le pays de notre gloire immortelle Marien Ngouabi avait des autoroutes, des ouvrages modernes, des hôpitaux performants. La protection sociale était assurée. J’ai commencé à regretter de ne pas avoir décampé avec les autres au moment du transvasement.

    Je me reprochais la toquade commise en ayant pris la décision de rester avec les Congolais et son président à Paris où il n y'avait plus d’eau, ni d’électricité. La mort rodait partout. Le choléra ravageait la France. Paris était devenu salle, crasseux, boueux.

    Sassou Nguesso comme toujours se servait sur les deniers publics. Il avait acquis avec son clan des villas et des châteaux à Brazzaville où régnaient désormais la démocratie et l’opulence depuis que Sarkozy avait pris les rênes du Congo.

    Vers 5 heures du matin je fus réveillé par le Cocorico du coq gaulois. Mon réveil fut rude et pénible ne sachant pas si ce que je venais de voir était réel ou imaginaire. Quand je suis sorti de ma torpeur et que je courus vers ma fenêtre pour respirer l'air hexagonal de ma banlieue, je compris que je venais de faire le pire des cauchemars.

    La France était toujours démocratique et dirigée par Nicolas Sarkozy. Les autoroutes étaient toujours clean. La protection sociale toujours en vigueur. J’ai même couru dans la salle de bain pour vérifier qu’il y avait de l’eau.

    J’ai essayé tous les interrupteurs de ma demeure pour vérifier que j’avais l’électricité et qu’il n’y avait pas de délestage. Puis, je fus inondé de mélancolie, de chagrin et d’abattement car le Congo que j’avais vu dans ce cauchemar était le Congo de mes rêves.

     

    Kovalin TCHIBINDA