• La Françafrique et le Congo-Brazzaville

    Même si la quasi-majorité de l’opposition et de ses partisans est prête à participer sans conditions aux futures élections truquées du régime de Sassou Nguesso, je continue à penser que les modalités d’une participation aux élections de 2007 et 2009 ne sont pas réunies. J’ai déjà donné mon avis à ce sujet dans deux de mes articles (1). Je me permets ici d’élargir ma réflexion.

    Peut-on empêcher la Françafrique de nous imposer Sassou Nguesso en 2007 et 2009 ?Même si la quasi-majorité de l’opposition et de ses partisans est prête à participer sans conditions aux futures élections truquées du régime de Sassou Nguesso, je continue à penser que les modalités d’une participation aux élections de 2007 et 2009 ne sont pas réunies. J’ai déjà donné mon avis à ce sujet dans deux de mes articles (1). Je me permets ici d’élargir ma réflexion.

    Imaginons que Sassou Nguesso accepte d’abroger sa constitution. Imaginons qu’il accepte la mise en place d’une commission électorale indépendante et un découpage électoral équitable. Même avec ces concessions du pouvoir de Brazzaville, il y aurait encore un saut d’obstacle à franchir : La neutralité bienveillante de la Françafrique.

    La Françafrique comme le définissait François Xavier Vershave, est un ensemble de mécanisme de maintien de la domination française en Afrique avec des alliés africains. Ce système a été mis en place et institutionnalisé par Jacques Foccart après les indépendances de 1960 pour garantir le rang de la France à l’ONU avec un cortège d’états clients qui votent à sa suite, permettre l’accès des entreprises françaises aux matières premières (Pétrole, uranium, bois, cacao, etc.), permettre le financement illicite des partis dits de gouvernement à travers des prélèvements sur l’aide public au développement ou la vente des matières premières. Elle a servi pendant la guerre froide de sous traitance des Etats-Unis pour maintenir l’Afrique francophone dans la mouvance anticommuniste.

    Elle est constituée de quatre types de réseaux : politiques (Foccart, Pasqua, Giscard, Mitterrand, Madelin etc.), militaires (services secrets, DGSE, DST), financiers (Trésor public Français qui applique à l’Afrique les politiques de la Banque mondiale) ou encore d’initiés (franc-maçonnerie, rose croix etc.). A ceux-là, il faudrait y associer le rôle dominant des multinationales telles que Total (Ex ELF), Bouygues, Bolloré, Castel etc.

    Nous savons tous que le Congo est situé dans une zone pétrolifère hautement stratégique pour la France. Cette sphère qui représente 10% des réserves mondiales en or noir est l’objet de toutes les convoitises notamment américaine et chinoise.

    Selon le Conseil National de Renseignements des Etats-Unis, la part du pétrole africain (provenant du Golfe de Guinée) représente actuellement 15% dans les importations des Etats-Unis. Les autorités américaines souhaitent augmenter cette part à 25% dans les 10 ans à venir pour réduire leur dépendance vis à vis du Moyen -Orient.

    De son côté, le Centre des Etudes Stratégiques et Internationales (CSIS) basé à Washington a écrit dans son rapport de juillet 2005 : « Le Golfe de Guinée revêt un caractère vital dans les priorités de la politique étrangère américaine »

    La Chine qui, en ce moment a des besoins énergétiques gigantesques pour accompagner son insolente croissance économique, lorgne également sur le pétrole du Golfe de Guinée. Son récent soutient à la rébellion tchadienne en est l’illustration.

    Dans le contexte de l’après 11 septembre et d’un pétrole onéreux pour de nombreuses années, le Congo devient un pays plus que stratégique pour la France.

    La Françafrique acceptera-t-elle la percée américaine et chinoise dans le Golfe de Guinée ou au contraire se braquera-t-elle au point de maintenir coûte que coûte au pouvoir à Brazzaville, un Sassou Nguesso sans légitimité populaire qui lui assure des contrats juteux dans le secteur minier et pétrolier ?

     

    Les prochaines élections au Congo ne peuvent être dé-corrélées de la position majeure qu’il occupe en tant que, pays du Golfe de Guinée, zone stratégique par excellence pour la France.

    A moins d’un changement de sa politique africaine ou d’une collusion entre la Françafrique et l’opposition, il est probable que la France au nom de ses intérêts maintiendra son ami et valet Sassou Nguesso au pouvoir. La crise pétrolière actuelle, ne lui permet pas de laisser tomber ses gouverneurs à la peau noire véritables gardiens de ses intérêts en Afrique. Son attitude au Togo et au Gabon, son comportement dans la crise tchadienne confirme que ses idéaux des droits de l’homme, de démocratie, de liberté ne sont que des notions marketing secondaires au regard de ses besoins pétroliers.

    Ces dernières années, les réseaux de la Françafrique se sont spécialisés dans une activité très lucrative, celle d’observateur électoral. Elle consiste, moyennant finance, à se faire passer pour des observateurs électoraux du régime en place afin de légitimer via les médias internationaux des élections truquées. L’attitude de la France sur les élections dans son « pré-carré » consiste à faire « valider » par les urnes, l’inverse de la volonté des peuples africains, quitte à dégoûter les électeurs de la démocratie.

    Comment alors empêcher la Françafrique au nom de ses intérêts d’imposer Sassou Nguesso au peuple congolais en 2007 et 2009 ?

    Il faut savoir que malgré la puissance des réseaux « Françafricains », il existe des pays qui ont réussi à organiser des élections libres et transparentes sans que les résultats aient été manipulés par la France.

    Il y a d’abord le Mali après la chute de Moussa Traoré et le Niger après la chute du dictateur Ibrahim Maïnassara. Ces pays étaient sûrement trop pauvres pour intéresser la Françafrique, néanmoins des élections dignes de ce nom ont été organisées dans ces états.

    Récemment au Sénégal pour empêcher que la Françafrique et Abdou Diouf ne trichent aux élections, tous les acteurs politiques de l’opposition ont jumelé les téléphones portables et les radios locales de manière à annoncer en direct les résultats à chaque dépouillement d’urne pour que l’on ne puisse pas truquer la totalisation.

    Un autre exemple est celui de Madagascar. Pendant cinq mois un million de personnes sont descendu dans la rue pour défendre le candidat élu et obtenir son installation à la place du dictateur soutenue par l’Elysée et la Françafrique.

    Les derniers évènements en Côte d’ivoire montre qu’il est possible de résister à la Françafrique afin d’obtenir des élections libres et transparentes. Il est pratiquement sûr que la France n’aura aucun impact sur les prochaines élections ivoiriennes.

    Enfin, le cas du Bénin est révélateur d’un pays qui s’est approprié sa démocratie et dans lequel la Françafrique ne peut changer le cours de l’histoire. L’alternance dans ce pays n’est pas vécue comme une apocalypse.

    Nous voyons donc que le monde bouge et que malgré la place stratégique qu’occupe le Congo dans les approvisionnements pétroliers de la France, si le peuple congolais le veut, si l’opposition prend sa responsabilité historique, il est tout à fait possible de mettre hors d’état de nuire la Françafrique et du même coup de battre Sassou Nguesso en 2007 et 2009 afin de l’envoyer à jamais dans la poubelle de l’histoire politique du Congo.

    La société congolaise doit combattre ce système hideux, néocolonial que l’on nomme la Françafrique, qui est la cause des souffrances et meurtrissures de notre vaillant peuple.

    Kovalin TCHIBINDA K

     (1) L’opposition congolaise et les élections de 2007 et 2009

    (2) Ce que je pense