• Chirac, les arts premiers et les dictateurs africains.

    branly

    J’ai haï Jacques Chirac à qui j'avais imputé la complicité politique et morale des massacres et génocides au Congo-Brazzaville. J’ai vilipendé cet homme qui prononçait de beaux discours sur toutes les tribunes internationales en faveur de l'Afrique, en soutenant des dictateurs qui n'ont d''égale qu'Hitler en Allemagne ou Pol Pot au Cambodge.

    Au crépuscule de sa vie politique, je ne voulais pas m’arrêter sur cette impression ténébreuse que j''avais de lui. Après tout, qu'avait-il fait de pire en comparaison de François Mitterrand qui s'était embourbé au Rwanda ? Je me suis donné pour mission d'essayer de comprendre cet homme qui paraît si sympathique et humain, mais dont la politique africaine n'aura été que ravage pour un continent qui n’en demandait pas tant.

    Depuis quelques semaines un ouvrage d''environ cinq cent pages est devenu mon livre de chevet et j'ai découvert à travers Pierre Péan qui en est l'auteur la face cachée d'un Jacques Chirac que je ne connaissais pas, mais qui m'a révélé les raisons de son attachement aux führers africains.

    Jacques Chirac est un homme passionné par les origines et l'évolution de l'humanité. Et comme nous le savons tous, l’Afrique en est le berceau. Selon Pierre Péan, Jacques Chirac est exalté par l'archéologie, la paléontologie et toutes les sciences qui s’intéressent aux origines de l'homme. Il s'est penché sur l'étude des australopithèques et se tient régulièrement informé des fouilles effectuées sur tous les continents. Jacques Chirac laissera à la postérité, le musée du quai Branly.

    Y va-t-il un lien entre la passion de Jacques Chirac pour les arts premiers et son amitié démesurée pour les dictateurs africains ? Quand Jacques Chirac pense que les Africains ne sont pas prêts pour la démocratie, se base-t-il sur sa perception des masques et autres objets d’arts exposés dans son flamboyant musée ? Chirac ne confond -il pas son goût pour les arts premiers africains avec la politique africaine de la France. Telles sont les questions que je me suis posées en lisant avec intérêt L''inconnu de l'Elysée’ de Pierre Péan.

    Loin de moi l’idée de répondre à ces questions à la place de Jacques Chirac. Mais il me semble que la passion de Jacques Chirac pour l'art africain l'enferme dans une contemplation des despotes noirs qu'il semble considérer comme des pièces de collection du musée Branly. Peut-être voit-il en eux l'incarnation des masques et sculptures qu'il admire ; le chaînon restant de peuplade qui ont arrêté leur évolution. Peut-être les protège-t-il à l'obsession en pensant protéger des objets d'arts du braconnage culturel dont est victime l'Afrique.

    Tous ceux qui jusque-là n’avaient pas compris pourquoi Jacques Chirac soutient si ardemment les dictateurs africains peuvent trouver la réponse dans son admiration des arts 'premiers' du continent noir. Il s'est paraît-il familiariser avec la culture des Dogons du Mali.

    En se fondant sur le dernier sommet France Afrique qui s'est tenu du 15 au 16 février 2007 à Cannes, on peut constater que Jacques Chirac n ' a toujours pas compris au soir de sa vie politique que les peuples africains ne sont pas des pièces de musées mais des humains qui aspirent au développement comme les autres peuples du monde; De même qu'il n' a pas compris que certains dirigeants africains ne sont pas des objets d' arts premiers à préserver mais de véritables despotes qui méritent plus que d'autres, d' être traduit devant les tribunaux internationaux pour génocide et crime contre l'humanité.